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Phantom Memories (2025)

Music by AKI ONDA "We Flow"

Editing, visual and sound design by Jean-Paul Devin-Roux based on excerpts from the film "Last Year at Marienbad" by Alain Resnais (1961)

From Alain Resnais's 1961 film "Last Year at Marienbad," I recall timeless characters searching for each other in the corridors of a palace or grandiose gardens, filmed within a fragmented and/or labyrinthine structure.

In the corridors of time, I see them replaying the same scenes endlessly, as if they were automatons, statues programmed to repeat the same phrases, make the same decisions. They could not escape the role they had played.

Temporality can thus be considered a veritable labyrinth, the difficulty of which lies in finding one's way through it.

Texte de Simone Dompeyre, commissaire artistique des Rencontres Internationales Traverse et présidente de l'association Traverse Vidéo

Phantom Memories

Film footage élégiaque, qui, en quelques minutes diffuse le parfum de ce film de sensations éthérées mais puissantes. Il s’ouvre avec le lustre et les ornementations baroques et les mouvements sur les plafonds ornés de « L’année dernière à Marienbad », il suit les couloirs de l’hôtel et traverse les allées du grand jardin en quête d’elle, la sublime aux robes simples et sophistiquées à la fois, de satin et de plume en formes fluides sur le corps... Il ne donne pas plus de certitude que le film originel, labyrinthe de sens, de sensations, d’architecture ou de jardins à la française. Des assertions de l’homme croisées au refus de la femme, des pistes vers le rêve non certifié comme rêvé, des gestes amoureux arrêtés, d’autres élevés, repris en ailes d’oiseau dans un duo renvoyé. Les passages sont droits, couloirs ou sentes et pourtant ils n’amènent nulle part ou au point de départ. Elle se glisse évanescente dans les buis, d’un côté, de l’autre, elle doit en revenir, son corps perd de sa matérialité.

Et le sur-cadrage d’"Elle" dans le miroir y compris en extérieur quand dans et hors ne s’excluent plus, "Elle" ainsi vue par lui qui l’assure d’un amour commencé l’année précédente et dont elle récuse l’existence arguant qu’elle n’a jamais été en cet endroit-là, « Marienbad… » lieu désormais mythique en cinéma et qui n’a pas existé.*

Femme là et ailleurs, proche et lointaine, inaccessible, réelle ou fantasmée ; impossibilité de résolution. Des bandes verticales s’insèrent dans les plans des lieux, effaçant plus encore les repères, ajoutant à l’impossible achèvement.


La voix elle survole l’espace, flottant depuis dans les mémoires des cinéphiles.

« Phantom memories, » le titre de Jean-Paul Devin-Roux est à la fois fidèle et dérivant : « Mémoires fantômes » convient parfaitement à ces corps lents voire immobiles ou légers comme « Elle » prête à l’envol, ou « Elle » adossée contre une statue. « Elle » dont on ne sait s’il l’a déjà été rencontrée ou si c’est leur première rencontre, s’il la désire tant qu’il en invente un passé vécu ensemble... si le présent ranime un souvenir ou si le désir anime un passé. Est-elle un souvenir du réel ou une re/constitution du désir…


Et ce, alors que dans les recherches concernant la mémoire, le syntagme « souvenir fantôme » désigne des souvenirs faux mais subjectivement convaincants, des souvenirs que certains affirment revivre consciemment de événements n’ayant jamais eu lieu.
Ce qui s’avère c’est que cet extrait comme on dit du parfum gardant tous ses pouvoirs olfactifs entr’ouvre et le désir de revoir le film de Resnais et le plaisir de cet opus de J.P Devin-Roux.

 

 * « Dans L'Année dernière à Marienbad, c'est "l'année dernière" qui compte, pas "Marienbad". Je n'y ai jamais été, et pas une image du film n'y a été tournée. C'est un leurre. Le film est construit sur l'incertitude, sur des sensations. C'est sans doute cela qui a créé un mythe autour de lui, et l'a renforcé au fil des années. Mais, quarante ans après, je vous le confirme : Marienbad est une pure illusion... » — Alain Resnais

** et puisque Alexandre Sune, en hors cadre, se réclame de « L’invention de Morel « d’Adolfo Bioy Casares, pour l’installation si proche de celle-ci dans la galerie d’Ombres Blanches, comment ne pas citer ce que certes Resnais, réalisateur et Alain Robbe-Grillet, scénariste de L’Année dernière à Marienbadrefusent dans une interview aux Cahiers du Cinéma, en 1961, à savoir que le scénario aurait été inspiré par le dit roman.

 

— Simone Dompeyre

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